21.03.2012

La tuerie de Toulouse et Montauban, ou les dangers de la démagogie politiquement correcte

A l’heure où j’écris ces lignes, les suspects de la tuerie de Toulouse et Montauban ne sont plus des anciens militaires néonazis mais bien un jeune musulman, Mohamed Merah, qui aurait appartenu au mouvement islamiste radical Forsane Alizza, dissous le 29 février dernier [1]. A l’heure où j’écris ces lignes, je rigole à l’instar de Marc Cohen des discours des candidats à la présidentielle française [2]. Ils pensaient avoir trouvé de parfaits épouvantails pour discréditer tout discours ou toute idée qui contreviendrait à leur modèle de société. C’était se réjouir trop vite.

 

Je ne connais pas en ce moment précis la réaction des différents responsables politiques quant à la nouvelle situation. Mais si l’appartenance de Mohamed Merah à Forsane Alizza se confirme, je subodore chez certains un parallèle avec la tuerie d’Oslo quelques mois plus tôt. Certains pourraient aisément marteler que le cas de l’actuel suspect relève aussi de la psychiatrie, et qu’en aucun cas il ne faudrait faire d’amalgame avec la religion musulmane ou le mouvement auquel il appartenait. Ce serait donc seulement lui le responsable, et non les idées ou le courant religieux auxquels il adhérait. Il semble alors nécessaire d’apporter deux précisions quant à la comparaison entre les deux cas.

 

Premièrement, le parti auquel a appartenu Anders Breivik n’a pas été dissout par décision de justice. C’est lui-même qui l’a quitté en lui reprochant son manque de radicalité. Or ce n’est absolument pas le cas pour Mohamed Merah et Forsane Alizza. Cette organisation a bien été dissoute en raison de « ses appels au djihad et sa violente propagande anti-israélienne » [3]. Il n’est dans ce cas nullement question d’un loup solitaire s’étant radicalisé en marge de son mouvement. Forsane Alizza et les idées qu’elle véhiculait peuvent donc tous les deux peuvent être mis en cause dans l’affaire de la tuerie de Toulouse et Montauban. La dissolution n’exclu en rien le lien persistant entre le militant et la doctrine de son organisation.

 

En second lieu, ce mouvement militait pour un retour au « Khilafat ». Ce terme désigne un État de forme islamique. Cette revendication est très clairement énoncée dans une de leurs vidéos de propagande (voir la vidéo au bas de l’article du Nouvel Observateur [1]). Sous ses airs protestataires et victimaire, il ne cache pas ses intensions. Il ne s’agit pas d’une simple organisation de défense des musulmans mais bien d’un mouvement aux velléités conquérantes et colonisatrices. Il n’y a donc aucune comparaison possible avec des mouvements conservateurs et, ou, populistes qui ne feraient somme toute que protester et agir contre le chemin que prennent leurs pays respectifs.

 

Ainsi, comparer ces deux cas relève au mieux de l’ignorance et de la naïveté, au pire de la mauvaise foi et de la démagogie. La question se pose alors sur la raison du développement de ces doctrines conquérantes au sein de pays, de cultures auxquelles elles sont particulièrement hostiles. A force de redouter de manière maladive l’amalgame et la stigmatisation, on finit par enjoliver une situation. On finit par pardonner à certains des actes et des propos pour lesquels on condamnerait d’autres mouvements sans hésiter. La dissolution d’un mouvement par-ci par-là n’y change rien. A force de vouloir trop protéger des minorités immigrées que l’on considère de facto comme victimes, on en oublie leurs responsabilités envers leur pays d’accueil. Or, une de ces principales responsabilités consiste justement à accepter que le domaine public soit régi selon la culture du pays accueillant. Ce doit même être une condition sine qua non pour pouvoir résider dans le pays. 
 
Certaines communautés en sont-elles réellement capables ? Si oui dans quelles conditions ? A elles de le montrer et à nous tous d’en discuter, si possible sans a priori idéologiques. Mais ce n’est en tout cas pas en continuant à accuser les populations autochtones et les pouvoirs publics d’incompréhension, de discrimination et de racisme que l’on pourra sortir de cette impasse dans laquelle semble nous mener nos sociétés multiculturelles.

Pablo RAPIN

 

 

[1] http://tempsreel.nouvelobs.com/vu-sur-le-web/20120321.OBS...

 

[2] http://www.causeur.fr/tuerie-de-toulouse-ceux-qui-auraien...

 

[3] http://www.slate.fr/france/51919/forsane-alizza-islamiste... 

11.03.2012

Pleurnicheries libertaires

C’est fait, les genevois ont acceptés à 53,6% de durcir la loi sur le droit de manifester.  Les nouvelles conditions à remplir pour organiser une manifestation sont la désignation d’une personne de contact, la mise en place par les organisateurs d’un service d’ordre ainsi que le droit pour la police de modifier un itinéraire en fonction des risques et de procéder à des contrôles préventifs.

Mais ce qui a surtout fait bondir les organisations de gauche, c’est la peine infligée aux organisateurs en cas de troubles : jusqu’à 100'000 francs d’amande et un refus d’autorisation de manifester pouvant aller jusqu’à 5 ans. On hurle alors à « des violations inacceptables du droit de manifester et des libertés d'expression et de réunion ». L’OSCE s’en mêle en soulignant que c’est bel et bien l’État qui devrait couvrir l’entier des coûts de la sécurité. Son ambassadeur Janez Lenarcic estime en effet qu’« imposer des exigences financières onéreuses sur les organisateurs de réunions est susceptible de constituer une restriction préalable disproportionnée ». De plus, les organisateurs ne devraient pas être tenus pour responsables de troubles commis par des tiers.

Les peines peuvent paraître excessivement lourdes. On peut s'en offusquer et à raison. Mais il est tout aussi choquant de constater la manière dont les organisateurs de manifestations, apanage de la gauche, tentent de fuir leurs responsabilités. On appelle à la manifestation mais on refuse d’en prendre la responsabilité en matière de sécurité. Comme si c’était toujours à l’État - à la collectivité dans son ensemble - de payer le prix, au sens propre comme au figuré, des aspects les plus déplaisants (et souvent les plus coûteux) de la vie publique.

Disons-le tout net, il ne s’agit ici ni plus ni moins que d’une attitude digne d’enfants gâtés. On ne peut nier que les manifestations organisées par les associations de gauche ont une fâcheuse tendance à attirer des éléments néfastes et destructeurs. Pourquoi ne se donnent-elles pas les moyens de les réguler ? Est-ce par paresse ? Par dogmatisme antiautoritaire pré-pubère ? Ou alors par une réelle volonté de troubler l’ordre sans pour autant en assumer les conséquences, c’est-à-dire jouer les petits révolutionnaires bien confortablement installé dans leurs canapés comme ils le sont dans leurs certitudes ?

Il est également probable que ce soit une histoire de ressources. Mais les habituels organisateurs ont-ils si peu de militants à disposition pour devoir faire appel à l’État ? Triste ironie pour des mouvements sensés s’appuyer sur les masses. Cette loi met donc en avant une seule et unique chose : la responsabilité civique. La responsabilité des organisateurs certes, mais aussi de leurs bénévoles et surtout sympathisants qui participent à leurs manifestations. Ainsi, nous verrons réellement si les habituels casseurs défendent réellement une cause. Cela forcera peut-être les diverses associations de gauches sincères dans leur engagement à se questionner sur la présence de tels individus dans leurs rangs.

En bref, aller pleurnicher au tribunal fédéral ne servira de rien. Il serait tant que certains sortent de l'adolescence politique et comprennent enfin que les libertés puisent leur valeur dans les responsabilités qu’elles impliquent.
Pablo RAPIN

09.02.2012

Le service militaire obligatoire: une garantie de liberté!

Le 17 janvier dernier est paru dans le journal « Le Temps » un article réagissant au dépôt de l’initiative du Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA) « pour l’abrogation du service militaire obligatoire » [1]. L’intitulé de cette initiative est on ne peut plus clair. Il s’agit par ailleurs de remplacer ce service obligatoire par une milice volontaire. Ainsi, l’auteur de cet article a tout-à-fait raison lorsqu’il attaque les éventuels procès d’intention que risque de subir cette initiative en raison de sa provenance idéologique : l’initiative en elle-même n’est pas contre l’armée, mais bien contre le service militaire obligatoire. Pour Jan Krepelka, il est nécessaire de soutenir cette initiative non pas pour des considérations antimilitaristes mais au nom de la liberté individuelle. Le service militaire obligatoire est ici considéré comme une contrainte assimilée à de l’esclavage. On peut aimer l’armée, mais on ne serait en aucun cas en doit s’imposer à autrui notre préférence. Le droit de faire l’armée impliquerait le droit de ne pas la faire, le droit de servir son pays celui de ne pas le servir.

 

On peut déjà faire remarquer que l’analogie entre le service militaire obligatoire en Suisse et l’esclavage tient au mieux de l’ignorance, au pire de la mauvaise foi. L’esclave est dans une part quasi-totale à la merci du bon vouloir de son maître, et il n’est pas payé. La recrue ou le soldat a par contre des droits clairs que ses supérieurs pour la plupart d’entre eux respectent, et il reçoit solde et compensation. Il peut certes y avoir des abus, mais ceux-ci peuvent aussi se retrouver dans d’autres sphères de la vie publique et professionnelle.

 

Mais plutôt que de développer ce point-ci, il semble plus intéressant de s’attaquer au noyau dur problème, à savoir si le service militaire obligatoire est forcément une entorse à la liberté. L’armée étant en Suisse un devoir constitutionnel, on se trouve alors face à la relation entre l’Etat et le citoyen. Si selon Max Weber on considère l’Etat moderne comme le détenteur du monopole de la violence légitime, cette relation s’exprime au travers de la sécurité. Or, cette sécurité se pose parfois comme ennemie de la liberté. Il n’est pas rare de voir des libertés suspendues au nom de la sécurité, par exemple au nom de la lutte anti-terroriste [2].

 

Les politiques de sécurité peuvent donc amener une domination de l’Etat sur le citoyen en suspendant progressivement ses libertés au nom de son droit à la sécurité. Carl Schmitt déclarait que le souverain était celui qui décidait de l’état d’exception, c'est-à-dire qui aurait le pouvoir de déclarer l’état d’urgence lui permettant de légitimer la suspension de tous les droits et des libertés. Le problème de cette relation de domination se situe réellement dans cette dépendance à l’Etat du citoyen, pour sa sécurité. Or, il se trouve que penser le citoyen uniquement en fonction de ses droits et de ses libertés, comme le fait Jan Krepelka, tombe justement dans ce piège de la domination.

 

Le soutien exprimé à l’initiative du GSsA au nom de la liberté individuelle implique une vision du citoyen comme ayant bien plus de droits que de devoirs. Nous ne sommes pas dans une relation de collaboration, mais bien de dépendance. L’Etat donnant au citoyen des garanties pour sa liberté, il peut tout aussi bien les lui retirer en invoquant son droit à la sécurité.

 

Cela implique-t-il que la sécurité ne doive alors plus être un droit ? Si tel était le cas, nous risquerions de voir bien vite nos cités tomber dans des états d’anarchie, éclatant en une multitude de petites citadelles où les plus puissantes exerceront leur domination sur les plus faibles. Nous serions plus occupés à assurer notre propre sécurité plutôt qu’à nous impliquer dans la vie politique. Notre souveraineté nous échapperait encore une fois, nous serions à nouveau dans une relation de domination. La sécurité peut alors être une menace pour notre liberté, mais aussi une garantie. Comment alors se sortir de ce dilemme, comme trouver le bon équilibre entre notre liberté et notre souveraineté en tant que citoyens et notre sécurité ?

 

Cet équilibre se trouve dans l’idée d’une dépendance mutuelle entre les citoyens et l’Etat en matière de sécurité : une collaboration. Cette dépendance mutuelle implique alors de ne pas penser le citoyen comme uniquement détenteur de droits, mais aussi de devoirs. Il ne s’agit alors pas du droit de faire l’armée, il s’agit du devoir de servir. L’Etat garde le monopole de la violence légitime mais ici les citoyens font partie de ses agents directs. Pour rendre ces agents des citoyens et non pas seulement des sujets, il est nécessaire de rappeler que tout militaire a le droit de conserver son arme à son domicile et qu’il est éduqué, tant au sens technique que moral, à son utilisation, du moins dans l’absolu. Il s’agit ici d’une responsabilisation du citoyen, d’une relation de confiance entre lui et l’Etat et non plus d’une lutte de pouvoir ni d’une relation de domination.

 

De plus, cette obligation ne peut être vue comme une simple « conscription » telle que fut le service obligatoire aux États-Unis ou en France. Il ne s’agit pas de servir entièrement pendant une courte période de temps mais du citoyen-soldat sur une longue durée, participant aux affaires de la cité y compris dans le domaine de la sécurité. Image d’Épinal dira-t-on. Il n’empêche qu’une telle idée du service obligatoire, avec comme complément indispensable la démocratie directe, donne une base forte pour se prémunir de tentatives de domination de l’Etat. Une base en tous les cas bien plus solide que l’idée d’un citoyen assimilable à l’image du bourgeois d’Hannah Arendt : c’est-à-dire un citoyen ne s’intéressant qu’à sa vie privée et attendant de l’Etat toutes les garanties nécessaires pour pouvoir mener ce qu’il pense dans le court terme être sa vie heureuse. Il n’en reste pas moins qu’il se trouve sous sa tutelle complète.

 

Ce service militaire obligatoire sur le long terme permet donc cette relation de confiance entre l’Etat et tous les citoyens toutes classes confondues, et non pas seulement avec quelques-uns à son service tel que le voudrait un système de milice volontaire. Dans cette relation de réciprocité, l’Etat ne peut pas suspendre les libertés de ses agents sans risquer de voir sa légitimité décroître et voire ses agents se retourner contre lui. Personne, mise à part quelques farfelus issus du folklore politique, ne souhaite l’instabilité au sein d’une société, encore moins un gouvernement. Le service militaire obligatoire pose donc de sérieuses limites au pouvoir étatique et instaure cette relation de confiance garante de stabilité.

 

Ainsi, voter pour l’initiative du GSsA au nom de la liberté est un non-sens. L’esclavage dénoncé par Jan Krepelka provient justement de cette mise sous tutelle du citoyen par l’Etat. Même un maître libéral peut suspendre nos libertés dés qu’il en ressentira le besoin. Pour éviter que l’Etat ne devienne ce maître, refusons l’initiative du GSsA et défendons notre liberté : celle du peuple !

 

 

Pablo RAPIN

 

 

[1] http://www.letemps.ch/Page/Uuid/ae884f02-407c-11e1-8ee0-1...

[2] http://despotica.blogspot.com/2012/01/l-m-paul.html

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